• Participation Politique des Jeunes

    Problématique de la Participation Politique des Jeunes en Contexte Démocratique Nigérien

    En lien avec l’approfondissement de la crise du capitalisme mondialisé et les conséquences  des mesures de sortie de crise dans les pays du Nord, nous assistons à une crise démocratique, une crise de la représentation, une crise de la ou du politique. Les résultats électoraux, les alternances systématiques, les études d’opinion confirment l’élargissement du fossé entre les peuples et les systèmes politiques. Cette crise exprimerait non un rejet de la politique mais plutôt la contradiction entre le besoin renouvelé et grandissant de politique mais en décalage de plus en plus violent avec les offres qui se révèlent en déphasage avec les réalités sociales des millions de femmes et d’hommes.    

    Au sud, en Afrique en particulier, les signes de la fin d’une époque  sont très perceptibles : les institutions -politiques en particulier-  tournent à vide et sont remises en question, les tenants du pouvoir sont contestés, les légitimités se diluent et les modèles culturels, largement issus des années 60, ne fonctionnent plus, le tout dans un contexte de grande fragilité économique et de renforcement de la dépendance. Le même phénomène de « domestication oligarchique du suffrage universel », de crise politique, est partout observable mais avec des caractéristiques propres aux situations concrètes ainsi qu’aux héritages historiques et culturels.                                                                                                        Comment alors appréhender la participation politique de la jeunesse africaine dans sa spécificité? Nous formulons l’hypothèse que c’est seulement à la  lumière de la double déconnexion induite par le néolibéralisme entre les citoyens et leurs « représentants » d’une part, et entre l’économie et la société d’autre part, que l’on peut saisir cet engagement politique des jeunes.                    Notre développement comprend trois étapes : une réflexion sur les concepts de participation politique et sociale débouchant sur un historique des partis politiques ; l’examen de la participation politique sous l’ère démocratique au Niger et en dernier lieu nous traçons des pistes de perspectives et des stratégies.

    Participation politique versus participation sociale?
                                                                                                                          L’idéal démocratique repose sur la conception que le pouvoir politique procède du peuple souverain. Il ne saurait donc y avoir  de démocratie sans implication, sans participation du citoyen à la vie politique, c'est à dire sans citoyen actif.   On peut participer à de nombreuses activités, s’impliquer dans divers groupes ou associations, mais que  recouvre la notion de participation politique ?
    La participation politique désigne toute “activité volontaire des individus visant à avoir une influence sur le gouvernement”. Selon B. Denni et P.Lecomte, il s’agit de : « l’ensemble des activités par lesquelles les citoyens sont habilités à entrer en contact avec l’univers sacré du pouvoir, toujours de façon superficielle ou éphémère et en respectant certaines contraintes rituelles ». Elle se manifeste généralement à travers la participation électorale ou le militantisme au sein des structures politiques.                                                                                                                                                                                                                                      Mais, comme le souligne fort justement Jean- Claude Richez , «avant de se hisser au premier rang des fondamentaux de l’action publique en faveur des moins de 30 ans, le concept de participation des jeunes s’est d’abord lentement imposé dans l’esprit des acteurs éducatifs ».                                                                   L’idée, en effet, prend source à la conjonction de plusieurs courants de pensées et des divers mouvements de transformation sociale et politique ayant traversé le continent européen, ces cinquante dernières années. Des psychologues et des pédagogues commencent à développer l’idée centrale, idée alors révolutionnaire, que l’enfant doit être considéré comme une personne, qu’il ne peut se construire de façon satisfaisante que s’il est envisagé seulement comme sujet, et non comme acteur, à même d’agir et d’influer son environnement. Célestin Freinet, Maria Montessori, Jean Piaget, entre autres, figurent au rang des pionniers de la mise en œuvre de pratiques éducatives novatrices.                                                                                                        Le mouvement en faveur de la participation des enfants et des jeunes prolonge la libération qui aura été sans aucun doute une « insurrection de la jeunesse ». Il s’estompera par la suite avant de connaître une nouvelle fortune politique dans le courant des années 1980 pour s’imposer véritablement à partir des années quatre vingt dix.                                                                                                      Le fait est que cette période correspond à l’effondrement des grands  équilibres planétaires : effondrement de l’Union soviétique et du camp socialiste à l’Est, crise  de l’accumulation capitaliste, du « compromis social démocrate » à l’ouest et épuisement du modèle de développement autonome dans le tiers-Monde. Ces bouleversements du cadre géopolitique sont accompagnés par le déferlement du néolibéralisme et ont accentué la crise de légitimité des institutions politiques et cristallisé les manifestations d’une jeunesse désabusée  en faveur d’une autre politique, les revendications pour un autre monde.                                                                                                                           La participation politique des jeunes paraît marquée par deux tendances : une moindre participation électorale et une montée de la participation protestataire. Autrement dit, les jeunes s’engagent, mais autrement, hors des canaux politiques traditionnels, hors des institutions. Cette donnée nouvelle reste difficile à saisir, notamment parce que nous restons très largement prisonniers d’une conception de l’engagement qui privilégie, voire réduit, l’engagement à l’engagement politique et, de façon déjà plus accessoire, à l’engagement syndical et associatif au détriment d’autres formes d’engagement.                                                                                                             Quant à la participation sociale ou associative, elle désigne, selon Barthélemy (2000), toute adhésion individuelle et volontaire à des organisations ou groupes qui intègrent des problèmes propres à la vie collective et aux décisions qui s’y rattachent.                                                                                                Une hypothèse émergente voudrait qu’il y ait rupture des rapports entre “société civile” et “société politique”, une dissociation entre les deux formes participatives. L’engagement social ou associatif (par exemple dans des associations culturelles ou caritatives) serait désormais un phénomène détaché de l’univers traditionnel de la politique (Foley et Edwards 1996). Cette hypothèse part d’un double constat: dans de nombreux pays occidentaux, à la croissance de l’adhésion aux associations sociales et civiques correspondrait un déclin de la participation politique (participation aux votes et adhésion aux partis). Elle n’a cependant pas été confirmée par les études                                                                           empiriques.                                                                                                                En Afrique le problème de la participation politique prend un relief  singulier lié au contexte particulier de la démocratisation/libéralisation. Il n’empêche que certains traits communs sont observables sous tous les cieux :
    - la participation sociale et la participation politique ne constituent pas deux modalités réciproquement exclusives, mais seraient, au contraire, liées;
    - la transition vers l’âge adulte affecterait davantage la participation politique que la participation sociale, cette dernière étant en principe mieux adaptée à la phase d’expérimentation propre à cette phase de la vie ;                                                                - les jeunes s’engagent aussi politiquement en situation de crise : ils estiment  alors que les fondements de leur société et les modes de vie (actuels et futurs) sont en train de se définir de façon radicale dans le temps présent.
    Mais il serait incomplet de parler participation politique sans jeter un regard sur un des cadres privilégiés de celle-ci : à savoir les partis politiques. Une telle exigence se justifie d’autant plus que l’on assiste sur le continent à une floraison de partis politiques dont le fonctionnement est source d’interrogations.

    Quels Partis Politiques ?
    La formation des partis politiques est un phénomène relativement récent. Dans la plupart des sociétés occidentales, elle date en fait du milieu du XIXe siècle. Ce phénomène doit être relié à l'extension du droit de vote et à l'institutionnalisation de la démocratie parlementaire.                                                                                                                                       L’analyse politique distingue, depuis Maurice Duverger,  deux types de partis : les partis de cadre et les partis de masse.                                                                                                - Les premiers, faiblement structurés, ne disposent pas de mécanisme statutaire d’adhésion, regroupent des personnes à statut social élevé et bénéficient de financement des gros donateurs privés. Ils sont surtout actifs en période électorale.                                                                                                                                 - Les seconds disposent d’un mécanisme statutaire d’adhésion, sont très structurés des sections locales à l’exécutif national, cherchent à recruter le plus d’adhérents possible et sont financés principalement par les cotisations et les contributions de leurs membres. Ils ont des activités régulières qui débordent largement les préoccupations électorales. C’est le parti de militants.                                                                                Au plan idéologique, les premiers sont orientés à droite alors que les seconds sont répertoriés à gauche (représentant les classes populaires, la classe ouvrière notamment).                                                                                                                     Avec l’évolution, certains partis de droite ou bourgeois se sont modernisés : ils ont adopté les structures des partis de masse et ils font appel au financement démocratique des membres. On a donc proposé une troisième catégorie de partis qu'on appelle les « partis d'électeurs » ou « Catch all parties » qui acceptent les structures démocratiques, se donnent une base populaire, mais seulement pour augmenter leur efficacité électorale.     
    La fonction générale des partis politiques est d'exercer le contrôle des mandats d'autorité, c'est-à-dire de rendre l'action politique conforme à des normes. Ils servent à « définir les règles en vue de la régulation de la collectivité  ». L’exercice de cette fonction se décline à travers différents processus :
    - La sélection du personnel politique : les partis recrutent les leaders politiques en choisissant des candidats et en tentant de les faire élire ;
    - La gouvernance : ils prennent les décisions (les politiques publiques) qui répartissent les ressources publiques ;
    -  Ils représentent les attentes et les intérêts de groupes d'intérêt particuliers. Ils agrègent et expriment des revendications ;
    - Enfin, ils favorisent l'intégration et la participation des citoyens au système politique.
    Par ailleurs, certains partis exercent des fonctions particulières, c'est le cas des partis antisystème qui ont pour visée la transformation de l’ordre social par la conquête du pouvoir politique. Bien que contestant les règles de la régulation sociale, ces partis acceptent de participer aux élections et aux institutions parlementaires et parfois même gouvernementales. Ces partis exercent alors « une fonction tribunicienne », c'est le cas entre autres des partis communistes dans les sociétés occidentales.
    La multiplication de partis politiques en Afrique apparaît comme un révélateur de la crise de la « démocratie représentative », de l’absence de solution crédible à la  crise du néocolonialisme. Au lieu de renforcer la souveraineté populaire, le pluralisme politique  semble plutôt induire la dépossession politique des citoyens en planifiant la manipulation des appartenances identitaires. Ils sont devenus des structures clientélistes organisant la dépossession politique des citoyens. Ils constituent ce faisant une partie du problème et non plus de la solution. Rien de surprenant eu égard au contexte de la revendication démocratique. 

    Contexte nigérien de démocratisation

    Avant la décennie 90, le contexte politique monolithique et autoritaire laissaient peu de place à l’expression plurielle. La jeunesse scolaire constituait la seule force sociale en mesure de contester l’ordre social depuis l’écrasement de l’insurrection armée du parti Sawaba.
    La revendication démocratique de 1990 au Niger  intervient dans un contexte de crises économique et politique aigues, mais surtout comme le résultat d’une double exigence contradictoire :                                                                              - D’abord, celle des travailleurs (mouvement syndical et estudiantin notamment) et du peuple  qui rejetaient le bâillonnement des libertés politiques, bien sûr, mais aussi et surtout les mesures d’austérité consécutives à la mise en œuvre des plans d’ajustement structurel (PAS) du FMI et de la Banque mondiale. Les jeunes scolaires (organisés au sein de l’USN) y ont joué un rôle de premier plan. Il n’est pas superflu de rappeler les nombreuses manifestations estudiantines (1983 et 1990) et des syndicats  (1989) qui ont ébranlé le régime d’exception du Général Kountché et plus encore la jeune seconde République (1987-1993) de son successeur Ali Saibou, précipitant ainsi les changements politiques ultérieurs.                                                                                                                                Et lorsque le multipartisme sera concédé par le régime de la seconde République en même temps que la tenue d’une conférence nationale souveraine, c’est tout naturellement que la jeunesse scolarisée occupe une place de choix au sein des différents groupes constituants les forces vives de la nation. Mais la contribution de cette jeunesse va au-delà de la simple représentation. On lui doit aussi le rejet des programmes d’austérité imposés par les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale) ainsi que l’exigence de la refonte du système éducatif, en vue d’en faire une « école démocratique et populaire à la charge de l’Etat » et de la reconnaissance légale de l’Union des Scolaires Nigériens (USN). De même, l’exigence de jugement des crimes et abus politiques, économiques et sociaux doit beaucoup à l’USN.                                                                                                         Puis, lorsque les premières menaces sérieuses se sont fait jour contre le processus démocratique naissant, c’est encore aux jeunes de se dresser contre l’armée et d’exiger que celle-ci retourne dans les casernes et accepte la tutelle des autorités de la Transition.                                                                                         Par ailleurs ce sont encore des milliers de jeunes, scolaires ou non, ceux des villes comme ceux des milieux ruraux, qui fourniront les troupes des partis politiques durant les premières campagnes électorales visant l’installation des institutions démocratiques de la 3è République.
    - Ensuite, celle des puissances occidentales et leurs transnationales, qui entendent mettre à profit l’effondrement du bloc soviétique pour imposer le nouvel ordre néolibéral à toute la planète.                                                                                                              Il s’agira  concrètement d’orienter les interventions de l’Etat de manière à lui faire délaisser certaines stratégies  de développement, précisément celles qui favorisent la redistribution des richesses et qui ne sont pas dirigées vers l’exportation, afin de  mieux conduire des politiques favorables au secteur privé, des politiques qui ôtent tout pouvoir de décision et de contrôle à l’Etat ainsi qu’aux  institutions publiques telle que l’Assemblée nationale.                                                          Ces politiques anti-sociales, drapées du vocable de « bonne gouvernance », devraient se déployer dans le cadre d’une libéralisation politique.  Celle-ci ne                                                                           dépassera  guère les frontières de la caricature « pluripartiste électorale » qui, non seulement  est dissociée des exigences de participation politique de tous les citoyens, mais encore se  trouve toujours- ou presque - associée à la régression sociale.                                                                                                                                    De sorte que si, au début du processus, on a eu l’impression que la logique populaire prévalait, au regard notamment des actes importants posés comme indiqué plus haut, force est de reconnaître que, progressivement les desiderata extérieurs et ceux de leurs relais locaux ont fini par prédominer.                                                                                                                   
    Rien d’étonnant alors si, deux décennies plus tard, « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple » est resté un vœu pieux, une illusion, malgré l’importance des luttes des jeunes travailleurs et scolaires et si l’expérience démocratique nigérienne est loin de tenir ses promesses.                                                  Insécurité alimentaires chroniques, explosion des inégalités, paupérisation accrue, instabilité politique, érection de l’armée dans le statut d’arbitre du jeu  démocratique, corruption endémique, processus électoraux de moins en moins libres et transparents ont largement entamé la crédibilité d’un parcours démocratique naguère cité en exemple par la « communauté internationale ».                                                                                          Il convient, à cet égard, de souligner que les « performances démocratiques »          du pays évoluent en raison inverse de ses indicateurs socio-économiques. Plus le pouvoir d’achat et le niveau de vie des classes populaires s’effondrent, du fait notamment du pillage des ressources naturelles par les transnationales et les puissances impérialistes, plus notre score sur l’échelle (néo) libérale s’améliore auprès des « agences de notation politique » installées en Occident. Cet état de fait a créé un profond désarroi chez les classes populaires, en particulier chez les jeunes qui ne peuvent plus faire des projets d’avenir,  une perte de repère qui explique une certaine désaffection vis-à-vis de la chose politique et une adhésion massive à des illusions passéistes (ethnicisme, fanatisme religieuse notamment).                                                                                                                                      L’intérêt général pour la politique manifesté par les jeunes coexiste avec une absence d’engagement, d’investissement dans les lieux traditionnels de la politique : les partis politiques.  Les femmes sont confrontées à deux sortes d'obstacles sur la voie de la participation à la vie politique. D'une part, les entraves structurelles causées par des lois et des institutions discriminatoires patriarcat) qui réduisent encore aujourd'hui leurs possibilités de voter ou de se porter candidates à un mandat politique. D'autre part, faute de moyens, les femmes ont moins de chances que les hommes de suivre une formation, de nouer les contacts et de bénéficier des ressources nécessaires pour assurer un leadership performant.                                                                                                           Ainsi les luttes héroïques des jeunes et des femmes, à travers les mouvements sociaux, luttes ayant culminé  avec le mouvement contre la vie chère du 15 Mars 2005, n’ont pas débouché sur une prise en compte de leurs préoccupations. Elles ont plutôt  été récupérées et servi à rénover l’ordre social en place, à maintenir le système de domination impérialiste sur  notre pays.                                                                                                                                                                       Devant une telle impasse, une série de questionnements émerge :                                             La tenue même de la Conférence nationale Souveraine n’était-elle pas le signe de l’immaturité de l’alternative progressiste ? La poursuite de la mise en œuvre des politiques d’austérité des décennies durant, ne manifeste t- elle pas l’absence d’une alternative crédible  à la crise du capitalisme néocolonial ?  Ne  témoigne t- elle pas de la nature réformiste des forces sociales et politiques en présence ? Comment sortir de l’impasse ?

    Quelles perspectives ?

    Les jeunes évoluant dans une société de classes sont l’objet de celles-ci de sollicitations politiques multiples et contradictoires : soit en vue de renforcer l’ordre existant « rénovation conservatrice », lorsqu’elle est au service des forces réactionnaires,  soit pour opérer une rupture démocratique et radicale avec l’ordre néocolonial quand elle est aux côtés des forces révolutionnaires.                                                                                     La condition de jeunes n’est donc pas une condition autonome par rapport au contexte et au cadre des clivages sociopolitiques définis par les conflits au sein d’une société historiquement définie (donc changeante et transitoire). Elle est le résultat de processus de conflits et de négociations entre les représentations extérieures et celles propres à l’individu concerné.                                                                                                                                           Dans le contexte où la « démocratie représentative » apparaît aujourd’hui remise en question par des revendications d’une participation accrue aux discussions et aux décisions qui bouleverse le fonctionnement des structures politiques existantes, il s’avère indispensable de réfléchir sur la portée de la transition vers les systèmes multipartites.                                                                                                                    Au Niger, comme ailleurs dans la sous-région, les jeunes luttent parce qu’ils sont mécontents du libéralisme ; ils dénoncent les ravages d’un système économique qui privilégie les intérêts d’une  minorité et mettent ainsi la pression sur cette « démocratie » qui ne les représentent pas et qui ne respecte pas les principes qu’elle proclame quotidiennement.                                                      La libéralisation n’aura consacré qu’une réorganisation structurelle du système économique en vue qu’il réponde prioritairement aux intérêts privés nationaux et étrangers : politiciens véreux, réseaux clientélistes, hommes d’affaires locaux, investisseurs étrangers, etc. L’émergence, à travers les mouvements sociaux, des formes d’engagement et d’être en société, profondément différentes, ainsi que des nouveaux régimes d’engagement et de citoyenneté ne manifeste t- elle pas une prise de conscience par les jeunes de cette triste réalité ?                                                                                                                                 La criminalisation de la gestion de l’Etat, les scandales de corruption, les enrichissements illicites, les revirements politiques incessants, les alliances contre nature, l’absence de principes éthiques qui caractérisent la « politique politicienne », n’autorise t- elle pas les jeunes à rechercher des canaux d’expression et de participation politique alternatifs ?                                                                                                                              
    Mettre en avant des alternatives concrètes auprès des jeunes, n’est ce pas le meilleur service que pourrait rendre au combat démocratique qui souffre cruellement de crédibilité face à des forces politiques qui présentent le néolibéralisme comme le seul projet possible ? N’est ce pas la question des alternatives qui confronte à la fois l’opposition, la société civile ainsi que les tenants du système ?

    Quelle stratégie ?

    La démarche, c’est de changer la vie des jeunes pour contribuer à changer celle de toute la société. L’objectif est de faire des jeunes de véritables acteurs de la construction de l’alternative. De passer d’un rôle d’acteurs de la résistance, comme ils ont pu l’être notamment au cours des mobilisations de la société civile contre la vie chère (période du 15 au 22 mars 2005) ou pour la défense des services publics, à celui de producteurs politiques des alternatives nécessaires pour dépasser le capitalisme néocolonial.                                                                                                           Les stratégies visant à renforcer la participation politique efficace et significative des jeunes peuvent :
    1. Être fondées sur une approche basée sur les droits à la participation politique des jeunes, et éviter les activités purement symboliques et pseudo-participatives.
    Mener des luttes pour l’accès aux droits fondamentaux pour tous est aussi une façon de mobiliser dans l’organisation et au-delà. Il ne s’agit pas de faire des jeunes une catégorie de privilégiés, ni à substituer les rapports générationnels aux rapports de classe. Il faut éviter le piège qui consiste à considérer les vieux comme les ennemis des jeunes mais ceux qui possèdent le capital, le pouvoir culturel et politique.                                                                                                                   2. Inclure des éléments directs de participation consultative, menée par des jeunes et/ou collaborative, et mettre l’accent sur des approches d’apprentissage par la pratique et de prêche par l’exemple.
    3. Respecter des normes minimales pour la participation politique des jeunes en étant transparentes, respectueuses, responsables, adaptées et pertinentes pour les jeunes, inclusives, volontaires et sûres.
    4. Inclure le renforcement des capacités au niveau individuel et organisationnel, et favoriser un environnement propice, de façon réciproque de préférence (par exemple en développant des compétences pour un cadre structurel réformé).
    5. Être fondées sur une connaissance exacte de l’état actuel de la jeunesse dans un contexte donné. Les propositions sur les nouveaux droits permettent de répondre à l’articulation du local au global, de la victoire concrète à la bataille idéologique sur la société, de proposer des alternatives concrètes au capitalisme mondialisé en crise. En ce sens nos propositions veulent radicalement s’affronter aux contradictions entre les ravages du libéralisme économiques et les promesses du libéralisme politique. L’exigence  de services publics forts, en particulier celui de l’éducation, qui sortent des pans entiers de l’économie de la loi du marché. Et de montrer ainsi que nous portons des solutions plus justes et plus efficaces que celles qu’apporte le capital.                                                                                                                                       

    Conclusion

    Il ressort de l’analyse que la participation sociale ou associative et la participation politique ne sont pas des domaines séparés, mais semblent par contre coexister. De plus, il n’est pas pertinent d’affirmer qu’il existe une organisation idéale pour la participation de la jeunesse.
    Depuis la revendication démocratique, les jeunes ont mené des luttes âpres et multiformes sans pour autant que leur implication dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques soit garantie.                                                                                     La participation politique des jeunes soulève à l’évidence deux types de questions :                                                                                                                          – le rapport des jeunes à la société et notamment de la question de leurs engagements, de leurs valeurs et de leurs rapports à la société
    – la place qu’on leur fait et de la part qu’on leur laisse.
    Ce qui est en cause, en fin de compte, c’est la libéralisation : au lieu de renforcer la souveraineté populaire, elle a eu tendance à l’asphyxier, à priver les citoyens d’une participation politique significative. On ne saurait asseoir la démocratie à travers le néolibéralisme. Une transformation sociale radicale s’impose. Pour clore notre propos, permettez-nous de citer une jeune militante politique malienne : 
                                                                                                                                « J’ai appris que toute jeunesse a quelque chose à prouver. Elle a besoin de croire qu’elle peut transformer le monde. Elle a besoin d’imaginer que tout est possible. Le contraire est une fatalité qui coupe les ailes de la jeunesse. Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être conscient que l’on coupe les ailes à la société toute entière. Car dans un monde où les rêves de la jeunesse ne se réalisent jamais, les portes de l’avenir se ferment pour tous, quel que soit leur âge ».       


                                                               Mamane Sani Adamou


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